Funérailles de victimes de frappes pakistanaises dans la province afghane frontalière du Nangarhar, le 1er mars 2026 ( AFP / - )
L'Afghanistan et le Pakistan continuent de s'affronter le long de leur frontière commune, ont indiqué dimanche à l’AFP des habitants et des responsables afghans, ces combats s’accompagnant d'attaques pakistanaises sur le sol afghan, d'incursions aériennes et de frappes sur l'ancienne base américaine de Bagram.
Après des mois d'accrochages, les deux pays sont entrés en guerre jeudi quand Kaboul a lancé une attaque à la frontière, déclenchant des frappes aériennes pakistanaises en riposte.
Le Pakistan a déclaré la "guerre ouverte" aux autorités talibanes, les accusant d'abriter des militants armés qui lancent des attaques sur son territoire, ce que Kaboul dément.
Des habitants de plusieurs zones frontalières du Pakistan ont fait état de combats nocturnes auprès de l’AFP, et trois civils ont été tués dans des frappes de drones et d'artillerie, selon les autorités afghanes.
Au nord de Kaboul, des frappes aériennes "ont touché la base aérienne de Bagram", selon un habitant que l'AFP ne nomme pas pour des raisons de sécurité.
"C’était très puissant, il y avait de la fumée et du feu au nord de la base" lors de ce raid "terrifiant" à l'aube, a-t-il dit.
Le porte-parole provincial, Fazl ul Rahim Maskin Yar, a indiqué que des avions pakistanais avaient "tenté de bombarder" la base, mais qu’il n’y avait ni victimes ni dégâts.
Une explosion et des tirs ont retenti dans le centre de Kaboul dimanche avant l'aube, selon des journalistes de l'AFP. Les forces de sécurité étaient plus nombreuses dans la capitale afghane, de même que les checkpoints.
"Des tirs antiaériens visent l'aviation pakistanaise à Kaboul. Les habitants ne doivent pas s'alarmer", a écrit dimanche matin le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, sur X.
Des drones ont également été entendus par un journaliste de l’AFP dans la province frontalière de Khost, et un photographe de l'AFP a vu passer un avion de chasse à Jalalabad.
Des Afghans expriment leur soutien à un membre des forces de sécurité talibanes près de Jalalabad, dans la "guerre ouverte" déclarée par le Pakistan à l'Afghanistan,le 28 février 2026 ( AFP / - )
Des habitants de cette province ont rapporté des affrontements dans la nuit, tandis que le porte-parole d’une unité militaire faisait état de violents combats dans la province voisine de Paktia.
Au poste-frontière de Torhham – un point de passage clé pour les Afghans revenant du Pakistan – des combats ont été signalés par le département de l’information de la province de Nangarhar.
Le Pakistan a reconnu vendredi avoir bombardé Kaboul et Kandahar, ville du sud où réside, reclus, le chef suprême des talibans afghans, Hibatullah Akhundzada.
L'Afghanistan a accusé le Pakistan d'avoir fait des victimes civiles dans la région rurale de Kandahar. Des ouvriers du bâtiment y ont raconté avoir été visés par deux frappes aériennes, qui ont fait trois morts, selon le chef du chantier.
Outre les victimes rapportées par l'Afghanistan à Kandahar, 36 civils sont morts depuis jeudi dans les provinces de Khost, Kunar et Paktika, dans l'est du pays, selon Hamdullah Fitrat, porte-parole adjoint du gouvernement taliban.
- Poursuite de combats -
Des soldats pakistanais se dirigent vers la frontière afghane, le 28 février 2026 ( AFP / Abdul MAJEED )
A Asadabad, le chef-lieu de la province de Kunar, un jeune homme de 18 ans, Sajid, qui n'a pas souhaité donner son nom, a raconté que son frère avait été tué.
"Quand les combats ont commencé, nous lui avons dit de venir avec nous et de quitter la zone, mais il a dit qu'il resterait pour surveiller la maison", a-t-il dit.
"Il est tombé en martyr près de la mosquée au moment où il cherchait à partir", a-t-il ajouté.
Plusieurs habitants des provinces de Khost et Nangarhar ont dit à l'AFP que des combats sporadiques se poursuivaient dimanche.
Samedi, des habitants de Khost avaient raconté que ceux dont les maisons étaient proches de la frontière avaient dû fuir.
"Nous demandons à la communauté internationale et au monde entier de faire pression sur le Pakistan pour qu’il mette fin à la guerre", avait dit Javed, un déplacé de 46 ans.
Les efforts diplomatiques de médiation, notamment de l'Arabie saoudite et du Qatar, ont échoué. Les Etats-Unis ont dit soutenir le Pakistan dans son droit "à se défendre contre les attaques des talibans".
Islamabad se défendra "en toutes circonstances", a réaffirmé samedi le ministre pakistanais de l'Information, Attaullah Tarar, indiquant que 46 lieux avaient été la cible d'attaques en Afghanistan depuis le début des opérations.
Kaboul a dit vendredi vouloir "le dialogue". Son ministère de la Défense a aussi dit avoir effectué des frappes aériennes en territoire pakistanais ces derniers jours - certainement au moyen de drones, selon des observateurs.
Le gouvernement taliban affirme que ses forces ont tué plus de 80 soldats pakistanais et en ont capturé 27. Kaboul a reconnu la mort de 13 membres des forces afghanes.
De son côté, Islamabad a affirmé que ses forces avaient tué plus de 400 soldats afghans, et que 12 soldats pakistanais avaient été tués.
Cet épisode de violence entre les deux voisins longtemps proches est le pire depuis octobre, quand plus de 70 personnes étaient mortes au total d'un côté et de l'autre de la frontière, depuis en grande partie fermée.

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